GROSSO GADGETTO // feet on the brake


La liste peut sembler impressionnante, rassurez-vous, elle l'est.
Le gotha d'une scène encore (pour l'heure) ombrageuse mais brillamment rédemptrice, se bouscule, en récentes et exemplaires collaborations. Antonella Eye Porcelluzzi, Black Saturn, Julien Ash ou Arnaud Chatelard, pour ne citer que quelques lumineux astéroïdes, car tout ce joli monde, à l'exigence caractérisée, ne s'y trompe pas, GROSSO GADGETTO est désormais devenu un incontournable. Si Christian Gonzalez pense que le temps est venu d'appuyer dessus, ou de changer les plaquettes, à l'instar de la présente réalisation, il s'égare ou se fourvoie tout aussi joliment.

FEET ON THE BRAKE vient, certes, clore une très riche année pour le musicien, il se pourrait d'ailleurs que cette seule réalisation manifeste d'étincelantes nouvelles perspectives stratosphériques. 
Album de l'apaisement volontaire ? FEET ON THE BRAKE est un volumineux portfolio atmosphérique, hors normes, la tranquille démonstration d'un talentueux explorateur, défiant les limites et les parements surfaciels de genres musicaux, par principe, inconséquents.

L'épaisse fluidité de "Dark Meeting" se dérobe, promesse d'un périple en ténébreuse opacité, les griffes n'en sont pas moins inoffensives, ralentissement harmonique, images fondues, fragmentation graduelle, au bord de l'effacement cinématographique, figé (The Instructions). 
Harmonie précieuse et mélancolique, "Alchemical" s'approche et frôle l'élégie sentimentale. Immédiatement addictif, "Sweet As a Rosebush" n'a pas fini de tourner. 
Présente et fugitive, la "Dolent Ritournelle" se complait un instant autour des pierres usées du Rosa Mir, avant l'exil salvateur, un never come back, qui sait. Expressionniste, cheminement inexorable, "The Anger of the People" témoigne de l'étrangeté d'une beauté résignée, fataliste, celle d'un éveil de l'advertance (collective) ? Divagation orientaliste avérée, "Fantasy" dresse un saisissant panorama, où viennent se fracasser les mythes à un survol hyperréaliste beaucoup moins onirique. 
Il sera raisonnablement difficile de l'admettre, de s'y résoudre, mais "Complicated Simplicity", qui clôture l'album, en possède bien tous les arguments prémonitoires, une parfaite illustration pour la bande son d'une époque trouble.

thierry massard for ncV // 4 décembre 2023

The list may seem impressive; rest assured, it is. The elite of a scene still (for now) shadowy but brilliantly redeeming; it gathers, in recent and exemplary collaborations. Antonella Eye Porcelluzzi, Black Saturn, Julien Ash, or Arnaud Chatelard, to name just a few luminous asteroids. For this whole charming world, with its characterized demand, does not mistake itself, GROSSO GADGETTO has now become a must. If Christian Gonzalez believes that the time has come to press on it or change the brake pads, like the present realization, he wanders or misguides just as charmingly.

FEET ON THE BRAKE certainly concludes a very rich year for the musician, however, this single release might manifest sparkling new stratospheric perspectives. An album of intentional appeasement? Yet, FEET ON THE BRAKE is a voluminous atmospheric portfolio, the tranquil demonstration of a talented explorer, challenging the limits and superficial boundaries of musical genres, by principle, inconsistents.

The thick fluidity of "Dark Meeting" evades, a promise of a journey in gloomy opacity, yet the claws are no less harmless, harmonic deceleration, blended images, gradual fragmentation, on the edge of cinematic erasure, frozen (The Instructions). Precious and melancholic harmony, "Alchemical" approaches and grazes sentimental elegy. Immediately addictive, "Sweet As a Rosebush" is not done spinning. Present and fleeting, the "Dolent Ritournelle" lingers for a moment around the worn stones of Rosa Mir before the salutary exile, a never come back, who knows. Expressionist, inexorable progression, "The Anger of the People" testifies to the strangeness of a resigned, fatalistic beauty, that of an awakening of awareness (collective)? Proven orientalist digression, "Fantasy" paints a striking panorama, where myths shatter in a much less dreamlike hyper-realistic overview. 
It will be reasonably difficult to admit, to reconcile with it, but "Complicated Simplicity" which closes the album, has all the premonitory arguments, a perfect illustration for the soundtrack of a troubled era.