
Le choix d'une obscurité consentie - N'y allons pas par quatre-chemins, Grosso Gadgetto est un musicien que l'on "voit" très régulièrement - Hyperactivité à travers de nombreuses collaborations, créativité exponentielle, overexposure ? Le risque possible d'une attention progressivement moindre, le comble d'horreur. Cruel dilemme, savoir momentanément se soustraire, disparaître, recentrer son regard, l'introspection volontaire et l'instant d'un geste refondateur.
Contre-pied, WE ARE EARTHWORMS n'est pas l'album d'un jour, ou seulement d'un autre - Le signal est clair, dès les premières mesures de "It Makes Me Want To Cry" le passage au temps long reprend ses droits légitimes, le fugace peut attendre. Christian Gonzalez le clame, à l'instar du remarquable travail visuel de Timothée Mathelin, la surface est un leurre où s'ébattent en toute insouciance des spectres affamés - danse macabre.
Ironie kafkaïenne d'un titre de track, "Sorry Sir This Is Not The Correct Form" étale le marasme, la violence froide de l'incommunicabilité endémique et la stupidité sans doute, pour enfin, aux détours de quelques ricanements, donner forme à une martialité assourdissante, si proche et si peu fantasmée.
La prédominance latente des strates multiples et des atmosphères, loin d'être éthérées (The Light of Heaven) nous entrons à coup de fouet (Lost World) dans l'acte de déconstruction méthodique, débris épars en suspension, textures abrasives domestiquées au profit d'une charge mélodique mutante inquiétée par des drones inquisiteurs, l'âpre confrontation n'a de cesse que par enfouissement définitif.
Larsen, Plug-in, "They Are So Beautiful When They Are Dead" s'enfonce dans la meurtrissure des annonces de détresse, EVP cathodiques, un langage devenu cet écho tubulaire boursouflé où le rythme y est celui d'un souffle rauque, au bord de l'asphyxie. Une fois encore, un thème s'y immisce, une trace, infime résidu mémoriel, souvenirs évaporés.
Invective ? Impact émotionnel ? "Who Is The Animal Human or Beast" surplombe un paysage grouillant, une décomposition organique perforée de filaments hurleurs, une ligne d'orgue aussi vite oubliée, laissée en l'état d'extrême abandon.
Récompense éponyme, "We Are Earthworms" est un Shai-hulud, en négatif, silencieux voyageur louvoyant élégamment à travers un magma suggestif aux dimensions conséquentes et aux bordures parfois cartoonesques - Apaisement relatif.
"Will-O-The Wisp" atteste l'accalmie, en trompe l'œil, que déjà une nouvelle lame de fond vient se profiler nourrissant une accélération progressive au milieu d'un édifice qui se précise.
Peu qualifiés, nous ne pouvons répondre à la question "Are You God ?" sinon scruter les décombres hyperréalistes et le brouillage des pistes. Grosso Gadgetto y détient une certaine expertise.
Objet énigmatique, WE ARE EARTHWORMS mérite intensément une patience nécessaire.
Évitons, s'il vous plaît, l'écrasement de la page qui se tourne.
thierry massard // 14 février 2025
The choice of a willing obscurity - Let’s not beat around the bush—Grosso Gadgetto is a musician we "see" very regularly. Hyperactivity through numerous collaborations, exponential creativity, overexposure? The possible risk of gradually diminishing attention—the ultimate horror. A cruel dilemma: knowing when to withdraw, to disappear momentarily, to refocus one's gaze—voluntary introspection and the moment of a refounding gesture.
A counterpoint, WE ARE EARTHWORMS is not just an album of the day, nor merely another—its signal is clear. From the very first measures of It Makes Me Want To Cry, the return to long-form temporality reclaims its rightful place; the fleeting can wait. Christian Gonzalez proclaims it, much like the remarkable visual work of Timothée Mathelin: the surface is a lure where ravenous specters frolic carelessly—a danse macabre.
Kafkaesque irony in a track title, Sorry Sir This Is Not The Correct Form lays bare the morass, the cold violence of endemic incommunicability, and perhaps sheer stupidity, only to, through a few sardonic laughs, take shape as a deafening martial force—so close, yet so little fantasized.
The latent dominance of layered textures and atmospheres is far from ethereal (The Light of Heaven). Instead, we are lashed into (Lost World), a methodical act of deconstruction—scattered debris suspended in air, abrasive textures tamed in service of a mutating melodic charge, unsettled by inquisitive drones. The relentless confrontation ceases only in final burial.
Feedback, plug-in, They Are So Beautiful When They Are Dead plunges into the wound of distress calls—cathodic EVPs, a language now a bloated tubular echo, where rhythm is that of a hoarse breath teetering on the edge of asphyxiation. Once again, a theme insinuates itself—a trace, an infinitesimal memory residue, evaporated recollections.
Invective? Emotional impact? Who Is The Animal Human or Beast looms over a teeming landscape, an organic decomposition perforated with howling filaments, a fleeting organ line abandoned to extreme neglect.
An eponymous reward, We Are Earthworms is a Shai-Hulud in negative—a silent traveler weaving elegantly through a suggestive magma of considerable dimensions, its edges sometimes cartoonish—relative appeasement.
Will-O-The-Wisp signals a lull—an illusion—just as another tidal wave rises, feeding into a progressive acceleration within an edifice that takes sharper form.
Ill-equipped, we cannot answer the question Are You God?—only scan the hyperrealistic debris and the blurring of boundaries. Grosso Gadgetto holds a certain expertise in this.
A mysterious object, WE ARE EARTHWORMS demands a necessary patience. Let us, please, avoid crushing the page as it turns.