MARK SPRINGER + NEIL TENNANT + SACCONI STRING QUARTET // sleep of reason

Prendre garde à la pointe d’ironie, lorsque le regard se pose sur le nom de Neil Tennant. Ah, bien sûr ! Le chanteur pop, plume acérée, auteur avec Chris Lowe d’une myriade de hits surgis d’une flopée d’albums magnifiques. Ce même duo qui, le temps d’un écart lyrique et politique, signa la musique du Battleship Potemkin d’Eisenstein, retrouvant dans le muet de 1905 une rage intacte.

Face à lui, Mark Springer n’est pas en reste. Originaire de la nébuleuse post-punk de Bristol, il fut l’un des éléments-clés de Rip Rig + Panic, formation turbulente où évoluait également Neneh Cherry -  aristocratie alternative, fronde joyeuse, modernité cabossée.

Le projet ? Une lecture inspirée des gravures aussi cruelles que visionnaires de Los Caprichos de Francisco Goya. Springer en tire une suite pour piano, quartet et quintet ; Tennant y appose un texte vocal, entre songe et sarcasme, miroir noir tendu à notre 21ᵉ siècle saturé de narcissisme et de vacarme numérique. Les « monstres » de Goya ? Ils tweetent désormais.

Loin de toute insouciance, Sleep of Reason mérite cette curiosité qui, trop rarement, fait bouger les lignes. Une œuvre singulière, sombre, élégante et politiquement lucide.

thierry massard // 5 mai 2025 


Beware the sting of irony when the name Neil Tennant appears. Ah yes! The pop singer, sharp of pen, who, alongside Chris Lowe, crafted a myriad of hits across a string of magnificent albums. The very same duo who, in a lyrical and political detour, composed the score for Eisenstein’s Battleship Potemkin, rediscovering, in the silence of 1905, an undiminished rage.

Opposite him, Mark Springer is no less striking. Hailing from the post-punk nebula of Bristol, he was a key member of Rip Rig + Panic, a turbulent ensemble that also featured Neneh Cherry — alternative aristocracy, joyful rebellion, battered modernity.

The project? An inspired reading of Los Caprichos, Francisco Goya’s visionary and merciless etchings. Springer crafts from them a suite for piano, quartet, and quintet; Tennant layers on a vocal text, part reverie, part sarcasm — a dark mirror held up to our 21st century, bloated with narcissism and digital noise. Goya’s “monsters”? They tweet now.

Far from carefree, Sleep of Reason deserves that rare curiosity which dares to shift boundaries. A singular work: sombre, elegant, and politically clear-sighted.