Une aube de fer sur le lointain Brahmapoutre - Oublions donc la grisaille des fjords ou les trottoirs usés de Chicago. Le Post-Metal (mutant) voyage vers un nouveau centre de gravité là où on ne l'attendait pas plus immédiatement que dans l’atmosphère intense et les reliefs tranchants de l’Assam. Avec ce premier EP, ALL SKIES LEAD TO THE SUN, les Indiens de BIMURTA ne se contentent plus de naviguer sur un genre ; ils le transfigurent par hybridation géographique totale.
Une gageure singulièrement prospective - Bimurta, dont le nom signifie incorporel ou sans-forme en assamais, réalise un véritable tour de force : injecter une émulsion organique et spirituelle dans la carcasse fumante d'un genre au bord de l'implosion conceptuelle (et iconographique) - Phénix ?
Une ligne tracée dès ouverture de l'opercule avec l'envol d'un "Baba Hargila" (marabout) charognard de (très) mauvaise augure pour certains, sentinelle de dame nature pour la plupart et un plus que vibrant télescopage pour nous-autres, les amateurs de sensations hybrides.
"The Immortal" s'impose efficacement comme une figure emblématique, accords de guitares éthérés de Roktim Bhattacharjya et puissance de pression d'un background (mention spéciale pour la flûte de Abhinob Saikia) qui ne souffre d'aucun renoncement affecté. Bimurta tient les rênes de fantômatiques chimères à bonne distance.
" Etiyau Ketiaba jetia bhoi khau ..." Parenthèse d'intimité sensible ( Said/Unsaid ) une fois encore, le signe distinctif d'un évitement et la délicatesse de nos vulnérabilités. Un virage ? Celui d'une hybridation supplémentaire et l'entrée en scène d'une nouvelle influence que Monsieur Smith ne renierait pas ( Rodalisnan ) Une emphase bienséante.
Enfin et puisque les cieux mènent (parfois aussi) ... au sommet, " Pale Blue Drought " étouffe toutes réserves, y compris critiques, Saptarshi Das (production), Abhinob & Roktim y excellent dans une fusion totale - incandescence et propos sentencieux à l'adresse de dominants oublieux " Sur l’autre rive de cette rivière se trouve la limite de la patience " Que l'on s'y tienne pour entendu et amplement approuvé !
