CHRISTOPHE BAILLEAU O'FARRELL // mind is that sky my goth


Rappelé à notre plus sombre réalité physiologique, traversant en cela des heures terriblement anxiogènes, Christophe Bailleau O'Farrell n'en a pas pour autant oublié qui nous savons qu'il est terriblement.

Album témoin d'une remarquable capacité de projection de nos états empiriques, de nos latences, de nos tourments, mais aussi (heureusement) de nos plus vertigineuses aspirations, MITSMG est bien ce miroir écho sonore parfaitement illustré par une image : cette sphère de mercure organique, fracturée et parcourue de boursouflures fulgurantes. Une pulsation ou un magma vivant plutôt qu'un "simple" objet sonore identifié.

D'inspiration gothique selon l'aveu de l'auteur et seulement si vous le désirez, l'album déborde très largement des frontières esthétiques auxquelles il pourrait être assigné. Nous ne sommes pas face à une énième production musicale livrable, calibrée pour alimenter le bel ouvrage. Il y a belle lurette que Bailleau n'est plus seulement un musicien inspiré. La marinade est tout autant poétique, cinématographique, plasticienne et sans aucune limite re-connue...

trajectoire des failles

S'il faut en rendre compte, disons que c'est la cristallisation instantanée d'un journal d'intimités conscientes, une extraction où la convergence fragmentaire de faits notables d'un artiste protéiforme décidé à entrouvrir certaines portes dissimulées ou à percer quelques saillantes meurtrières.

Rechercher une forme de sérénité dans cet album revient à entamer un long parcours semé d'embûches clairvoyantes, de douloureuses pierres précieuses - Cut-up mutant, "GraveMaster" donne immédiatement le ton.

Christophe Bailleau s'affranchit des tréfonds et entame une reviviscence DaDaïste. Bonheur ! 

Cet album est un acte de rébellion. Il en faudrait d'autres, tant d'autres. Nous progressons dans une suite de lieux traversés à tâtons, chaque texture semblant porter les stigmates d'un déroulement autant intérieur que de foutues apparences (Cubic Kubrick). Les matières se contractent, se désagrègent, avant de retrouver une suspension quasi-spectrale (The Gothell Codex - imperial).

survivance radicale

Cet album refuse délibérément le divertissement afin de privilégier l'exploration des conséquences de nos failles intérieures — une métamorphose par fragmentation de nos points de rupture. C'est un langage traversé de fièvres, de visions et de cette salutaire survivance (Antic Psychosis / Now To End). Si elle s'invente une nouvelle emphase (The Endnot : Céleste), la cohérence ne sera jamais immédiate, bornée par les accélérations parasites et les échos résiduels d'une pulsion croissante.

"Wtf - Old Reaction" tente la fuite en fracas et y parvient au plus fort d'une délicieuse intention harmonique.
Comme son titre l'indique, "Postbass Phase III - Guérison" pourrait marquer une issue possible, sans attendre les abords d'une sixième minute où gronde colère, frustration, et l'infernale mise en jachère sentimentale.

l'instant sans fin

Véritable final, "Tergiverse" n'en assume que l'emplacement définitif. Est-il désormais possible de n'exister qu'en faveur de son rang ? Si tel était le cas, il serait urgent de reprendre une histoire par sa conclusion, à moins que celle-ci ne soit toujours remise en doute et en question — l'apanage d'une persistance sonore et rétinienne.

thierry massard / 17 mai 2°26

Recalled to our bleakest physiological reality, made to endure hours of terrible anxiety, Christophe Bailleau O'Farrell has nonetheless not forgotten who we know him to be formidable.

A testimonial album revealing a remarkable ability to project our empirical states, our latencies, our torments, but also (fortunately) our most vertiginous aspirations, MITSMG is indeed that sonic echo-mirror perfectly embodied by a single image: a sphere of organic mercury, fractured and traversed by sudden swellings. A pulsation, or rather a living magma, more than a “simple” identifiable sound object.

Gothic in inspiration, according to the author’s own admission, should you choose to see it that way, the album largely exceeds the aesthetic boundaries to which one might attempt to assign it. We are not confronted here with yet another formatted musical product calibrated to sustain a beautiful artifact. It has been a long time since Bailleau was merely an inspired musician. The substance here is equally poetic, cinematic, plastic, and seemingly without limit...

trajectory of fault lines

If one must account for it, let us say that it is the instantaneous crystallization of a journal of conscious intimacies , an extraction in which the fragmentary convergence of notable facts from a protean artist seeks to pry open certain concealed doors or to pierce a few strategic embrasures.

To seek serenity within this album is to embark upon a long path strewn with lucid pitfalls and painful precious stones. The mutant cut-up “GraveMaster” immediately establishes the tone.

Christophe Bailleau rises from the depths and initiates a kind of Dadaist resurgence. What joy.

This album is an act of rebellion. We would need others like it, so many others. We move through a succession of blindly traversed spaces, each texture seemingly bearing the stigmata of a progression as interior as it is condemned in appearance (Cubic Kubrick). The materials contract, disintegrate, before reaching a quasi-spectral suspension (The Gothell Codex - imperial).

radical survivance

This album deliberately refuses entertainment in favor of exploring the consequences of our inner fractures - a metamorphosis through the fragmentation of our breaking points. It is a language traversed by fevers, visions, and that salvational survivance (Antic Psychosis / Now To End). If it invents a new emphasis (The Endnot: Céleste), coherence is never immediate, constrained by parasitic accelerations and the residual echoes of a growing impulse.

Wtf - Old Reaction” attempts a crash-like escape and succeeds through the force of a delicious harmonic intention. As its title suggests, “Postbass Phase III - Guérison” may indicate a possible resolution, though not before the approach of a sixth minute where anger, frustration, and infernal emotional fallow lands begin to rumble.

the endless instant

A true finale or so, “Tergiverse” assumes only its definitive placement. Is it now possible to exist solely according to one’s assigned rank? If so, it becomes urgent to begin a story from its ending, unless that ending itself is forever deferred to doubt and questioning, prerogatives of a sonic and retinal persistence.