« Pour cet album, Progressus, j'ai souhaité proposer quelque chose de différent ... Il traite de l'urbanisme de ma ville, qui est passée de 120 000 à 170 000 habitants, alors que l'objectif politique est d'atteindre les 200 000. Vertical, horizontal, le béton a remplacé la verdure ; chaque tour en cache une autre qui, à son tour, masque le soleil. Ma ville s'appelle Villeurbanne, également connue sous le nom de Villa Urbana, d'où les titres de l'album en latin. »
Le message est on ne peut plus clair. Avec PROGRESSUS, Christian Gonzalez (Grosso Gadgetto) convoque une sensibilité mise à mal par la classique cupidité immobilière de quelques adeptes de Le Corbusier le collaborationniste et le terrible constat d'une humanité qu'on ignore délibérément - la triste réalité d'une dystopie si concrète.
Illustré magnifiquement par Timothée Mathelin et masterisé tout autant superbement par Julien Ash (Nouvelles Lectures Cosmopolites), PROGRESSUS témoigne, une fois encore, du parcours d'un musicien hors normes - Ici, les soundscapes sont, certes, souvent colorés de noirceur, ils sont surtout si puissamment évocateurs qu'ils génèrent régulièrement l'envie de les voir adosser au meilleur des scénarios cinématographiques. Ouvrage fictionnel ? Rien de moins sûr. Le verticalisme du présent propos tend obstinément vers l'obstruction volontaire, l'étouffement fatal. La ville asthmatique proliférante.
PROGRESSUS est l'album du vertige et du cheminement laborieux à travers celui-ci ( Verticalis ).
PROGRESSUS est aussi l'album du dialogue des éléments ( Arbores In Concreto Crescunt ) - Un dialogue naturel dont on sait et redoute inévitablement les conséquences. Christian Gonzalez y excelle à travers une écriture dont le classicisme formel confère à la compréhension universaliste, si loin des genres convenus, médiocres apanages de la sourde révolte. Nous pourrions presque rêver que l'album soit étudié dans les écoles de Villeurbanne, de Lyon, sa lumineuse voisine et inscrit obligatoirement au programme des concours d'urbanisme.
PROGRESSUS est un album nécessaire.
thierry massard / 23 mars 2°26
