CHRISTOPHE BAILLEAU O'FARRELL // romantic, visceral ( save our souls)


« Et si, loin d'être le fruit d'un hasard... » Cette chronique pourrait aisément commencer de la sorte. Les plus fidèles amateurs du musicien (comme les autres) ne le savent que trop : Christophe Bailleau O'Farrell est cet étrange personnage fasciné par les sinuosités, les infractions répétées et la transgression des codes.

Artwork flamboyant en approche, ROMANTIC, VISCERAL (Save Our Souls)RV(SOS) - joue immédiatement la dichotomie émotionnelle. La surprise n’est pas totale, mais elle n'est pas si loin de l'être. « Malek (cuisson rapide) » ne laisse entrevoir aucun sarcasme, du genre de ceux que l'on ne pourrait traiter que par le mépris. Bailleau O'Farrell écrit du neuf ou s'octroie une longueur d'avance, selon que l'on s'inscrive ou non dans la performance.

Ici, l'inconsistance du vintage 70's, extatique de façade et furieusement tendance, n'est pas la règle d'or. La « Fusion » annoncée est celle d'une véritable histoire de la musique, la richesse d'un anti-zapping intentionnel, le refus des sempiternelles tempêtes dans le même verre d'eau croupie. « Écoute Profonde » exhale ce parfum si particulier, la fragrance d'une envie véritable de faire enfin de la musique, sans aucune perspective de recyclage. Les insipides et vulgaires algorithmes vont hurler leur extrême vacuité ; RV(SOS) réclame, lui, le sens de la mémoire et celui d'une écoute studieuse.

Ivoire, ébène, cordes et cuivres, cristal ou aluminium : cet album dévore âprement les matières acoustiques et s'assoit un instant sur le bord de la pierre angulaire (« Silent Dungeon »).

En pleine déroute, « Rebel Iel » annonce un « funk mix » et en accroche les joyaux artificiels ; RV(SOS) s'en délecte en nous prenant sournoisement à témoin, tout comme « Discreet Agony, Devoid of All Elegance », à défaut de l'ironie d'un sort incertain. Les deux minutes et cinquante-cinq secondes d'« Elegance » évitent l'écueil facile du charme manifeste. Nous entrons dans une correspondance sentimentale, celle du lien personnel de l'auteur, à laquelle « Kenavo » fait écho. Mesure et contrepoint : «Torso» n'a rien à craindre. Ambient d'un temps rêvé, ou rêve brumeux de tangerine qui s'éclaircit ? « Phiphi, c'est toi, tu es là ? » ne nous appartient pas : échange de synchronicité.

Ouvrage aux multiples partages, l'album s'étend aux brillantes collaborations avec le merveilleux A Limb sur « Discreet Agony... » (où vient le retrouver le charango virtuose de Kozik), le clavier si ouvertement magique de Jordane Prestrot sur « Silent Dungeon » et, enfin, Julien Ash, avec qui les ultimes pistes de RV(SOS) touchent à une incomparable délicatesse.

La musique de Christophe Bailleau O'Farrell est aussi nécessaire que parfaitement unique et originale.

thierry massard / 1er juillet 2°26


"And if, far from being the product of mere chance..." This review could very well begin that way. The musician's most devoted followers (as well as everyone else) know it only too well: Christophe Bailleau O'Farrell is that singular figure fascinated by twists and turns, repeated breaches, and the transgression of established codes.

With its flamboyant artwork looming into view, ROMANTIC, VISCERAL (Save Our Souls)RV(SOS) — immediately plays on emotional dichotomy. The surprise is not absolute, but it comes remarkably close. "Malek (Cuisson rapide)" betrays no trace of sarcasm of the sort that deserves nothing but contempt. Bailleau O'Farrell writes something genuinely new—or simply grants himself a head start, depending on whether or not one chooses to regard his work as performance.

Here, the inconsistency of fashionable, surface-level, ecstatically nostalgic Seventies vintage is not the golden rule. The announced "Fusion" is that of music's true history: the richness of a deliberate anti-zapping stance, the rejection of the endless tempests forever stirred up in the same stagnant glass of water. "Écoute Profonde" exhales that unmistakable fragrance: the genuine desire to make music at last, with not the slightest intention of recycling. The bland and vulgar algorithms will howl in utter emptiness; RV(SOS), by contrast, demands memory and the discipline of attentive listening.

Ivory, ebony, strings and brass, crystal or aluminium: this album voraciously devours acoustic matter before pausing for a moment upon the edge of its cornerstone ("Silent Dungeon").

In full disarray, "Rebel Iel" announces a "funk mix" and adorns itself with its artificial jewels; RV(SOS) relishes the gesture while slyly making us its accomplices, just as "Discreet Agony, Devoid of All Elegance" does, if not through the irony of an uncertain fate. The two minutes and fifty-five seconds of "Elegance" avoid the easy trap of obvious charm. We enter into a sentimental correspondence, that of the author's personal bond, echoed by "Kenavo". Measure and counterpoint: "Torso" has nothing to fear. Ambient from a dreamed-of age, or the misty dream of a Tangerine that slowly clears? "Phiphi, c'est toi, tu es là?" does not belong to us: it is an exchange of synchronicity.

A work shaped by shared encounters, the album extends itself through the brilliant collaborations with the wonderful A Limb on "Discreet Agony...", joined there by Kozik's virtuoso charango; the openly magical keyboards of Jordane Prestrot on "Silent Dungeon"; and finally Julien Ash, with whom the closing tracks of RV(SOS) attain an incomparable delicacy.

Christophe Bailleau O'Farrell's music is as necessary as it is utterly unique and original.