Daria Gabriel :: un cercle s'est réalisé

Et si à l'instar de MM. Breton & Soupault, nous sommes " ... ami des procédés sérieux suis-moi bien J'ai plus d'un tour dans mon sac ..." il est probablement à craindre que vous succombiez un jour, à la narration visuelle mobile d'une Daria Gabriel au sommet d'un DIY fondateur, et admirablement préservé, avec ce "un cercle s'est réalisé". 
Pièce vidéo très récente, dont il serait vain d'en faire, avec crainte de paraitre déplacé, un ... arrêt sur image, ce "cercle" est immédiatement en mesure de susciter bien plus qu'un intérêt de circonstance.
Plan séquence, et conséquemment enrichi, d'une quarantaine de minutes, c'est avec la réserve appuyée (à distance raisonnable) sur les drones étirés du musicien, Fred Marty, que Daria Gabriel déroule un véritable road (to nowhere?) movie,  dont la proximité des sensations référentes,  sont certainement installées dans notre mémoire collective de passagers que l'on véhicule. Est-il nécessaire d'évoquer notre front sur la vitre et notre souffle dessinant un fugace nuage de buée sur celle-ci ? Distance, ici en effet, tout semble être une affaire de distance, mais méfiance toutefois, car cette très relative passivité captée par l'auteure, nourrie de notre  indolence inhérente, est assurément et murement réfléchie. Daria Gabriel est experte dans l'art de fixer durablement la matière, aussi diaphane soit-elle, pour preuve paradoxale, une oeuvre plastique particulièrement solidifiée, qu'il vous faut rapidement découvrir ... Aussi est-il temps de fermer la portière et de s'abandonner à l'alanguissement de celles et ceux qui se nourrissent de l'art savant du transport. Une transition, suture de nos actes et renoncements, un notable interstice circulaire.

thierry massard / 16 avril 2021 - 22:20


And if following the example of MMr. Breton & Soupault, we are "... friend of the serious processes follow me well I have more than one trick in my bag..." it is probably to fear that you succumb one day, to the mobile visual narration of a Daria Gabriel at the top of a founding DIY, and admirably preserved, with this "un cercle s'est réalisé". 
Very recent video piece, of which it would be vain to make of it, with fear of appearing "déplacé",  a ... freeze frame, this "cercle" is immediately able to arouse much more than an interest of circumstance.
Sequential plan, and enhanced, of about forty minutes, it is with the reserve leaned (at reasonable distance) on the stretched drones of the musician, Fred Marty, that Daria Gabriel unrolls a real road (to nowhere?) movie, of which the proximity of the referent sensations, are certainly installed in our collective memory of passengers that one carries. Is it necessary to evoke our forehead on the window and our breath drawing a fleeting cloud of mist on it ? Distance, there indeed, everything seems to be a matter of distance, but beware, because this very relative passivity captured by the author, fed by our inherent indolence, is certainly and carefully thought out. Daria Gabriel is a graduated expert in the art of fixing the matter, as diaphanous as it may be, as a paradoxical proof, a particularly solidified plastic work, that you must quickly discover... So it is time to close the door and to abandon ourselves to the languor of those who feed on the art of transport. A transition, suture of our acts and renunciations, a notable circular interstice.

( a DeepL rough translation )

Max Würden :: script

Réponse à la question, notre quotidien est-il (toujours) synonyme ou (encore) digne d'expérimentation ? Un nouvel éloge de la passivité ? l'anodine supériorité de nos vies affirmées (ordinary world) sur l'illusoire reflet dominant d'images, routines référentes ou modèles d'existences, des leurres et sensations dont le flot incessant vient heurter notre résignation, bousculer nos fuites présumées, mais surtout exalter nos sens, les malmener, et peut-être parfois désorienter ceux-ci. Même si les récents "Format" pour A Strangely Isolated Place, en 2019, ou le non moins passionnant "Momentum" de 2018, pour nos amis de El Muelle Records, ont suscité des applaudissements, amplement mérités, Max Würden est toutefois sur le point de dévoiler une nouvelle page, lecture très personnelle, une page qu'il qualifie lui-même "de calme et d'espoir", une page qu'il sera bien difficile de tourner - un virage. 
Quel est donc cet appel (call to adventure) sinon le désir, en sursis, d'un instant tranquille dont les aspérités douces deviennent, sans doute, une matière quasi solide, polymorphie fluctuante contenue dans quelques accords aux tempos apaisés.
Précision d'un inexorable cheminement sensible, "crossing the threshold", qui donne lieu au beau travail video de #kittysoul, entame notre capacité à frôler une détermination (gracile) vers un nouveau paysage mental, l'intention d'un futur offert encore en suspension, et dont nul, sinon notre hôte, ne connait la destination finale, pourvu qu'il y en ait une. L'errance d'un esprit ouvert au jour d'après - un merveilleux écho aux multiples saveurs rétroactives. 
Instinct ou pulsion dominante des profondeurs terrestres, nous nous éloignons quelque peu de la surface (approach the inmost cave) dans une inflexion à la lumière insaisissable, vibrato tout d'abord tâtonnant, puis affirmé, pour la mise en perspective (incertaine) d'un relief anfractueux désormais en clair-obscur - un mystérieux vertige. 
EP transitoire, dans un parcours sans faute, "Script" fusionne avec intelligence et sérénité, quelques-unes de nos scories journalières, expérimentations faites de nos doutes, de nos futilités sans doute, avec la plus délicate puissance d'un artiste à la vision singulière. Dresseur, Max Würden domestique la sauvagerie de certaines effervescences pour un parcours, devenu soudainement familier. Pour preuve, cette envie qui va devenir rapidement la vôtre, de refaire plusieurs fois cet intime itinéraire. Enfin, et loin, de refermer ce portail béant, return with the elixir vient délicieusement conclure la promesse faites, que chacune et chacun d'entre-nous, sommes singulièrement, les personnages centraux de ce script.

thierry massard / 6 avril 2021 - 17:37

script


Answer to the question, is our everyday life (always) synonymous or (still) worthy of experimentation? 
A new praise of passivity? the anodyne superiority of our affirmed lives (ordinary world) over the illusory dominant reflection of images, referent routines or models of existence, lures and sensations whose ceaseless flow comes to collide with our resignation, to upset our presumed escapism, but above all to exalt our senses, to maltreat them, and perhaps sometimes to disorient them. 
Even if the recent "Format" for A Strangely Isolated Place, in 2019, or the no less exciting "Momentum" of 2018, for our friends at El Muelle Records, have been applauded, amply deserved, Max Würden is nevertheless on the point of unveiling a new page, a very personal reading, a page that he himself describes as "calm and hopeful", a page that will be very difficult to turn - turning point. 
What is this call (call to adventure) if not the desire, in reprieve, for a quiet moment whose soft asperities become, without doubt, an almost solid matter, a fluctuating polymorphism contained in a few chords with soothing tempos.
Precision of an inexorable sensitive path, "crossing the threshold", which gives rise to the beautiful video work of #kittysoul, begins our capacity to skim a (gracious) determination towards a new mental landscape, the intention of a future offered still in suspension, and of which no one, if not our host, knows the final destination, provided that there is one. The wandering of a mind open to the day after - a wonderful echo with multiple retroactive flavours. 
Instinct or dominant impulse of the earth's depths, we move somewhat away from the surface (approach the inmost cave) in an inflection of elusive light, vibrato first groping, then asserting, for the (uncertain) perspective of an anfractuous relief now in chiaroscuro - a mysterious vertigo. 
A transitory EP, in a faultless course, "Script" merges with intelligence and serenity, some of our daily drosses, experiments made of our doubts, of our futilities no doubt, with the most delicate power of an artist with a singular vision. As a trainer, Max Würden tames the wildness of certain effervescences for a journey that has suddenly become familiar. As proof, this desire that will quickly become yours, to repeat this intimate itinerary several times. Finally, and far from closing this gaping portal, Return with the Elixir deliciously concludes the promise made that each and every one of us are, singularly, the central characters of this script.

( a DeepL rough translation )



Dēofol :: TÅG

Selon toute logique, et assurément en dehors de celle-ci, vous devriez aimer ces "manifestations auditives d'un esprit noirci, guitare dystopique et sonsc(r)apés électroniques." descriptif assez pertinent du très talentueux Peter de Muer. Dēofol est un musicien assurément comblé, mais qui n'en attendait probablement pas tant, dans un contexte général et son actuel expression, particulièrement propice à la sortie de TÅG
Discographie et conjugaison parfaites des affres et des obscures vicissitudes, TÅG témoigne, à son tour et au travers de son unique morceau, d'une écriture protéiforme, ne sacrifiant à aucune des tentations fortes, et immersives, d'un ambient obscur mais tentaculaire, pas plus qu'au lourd et constant survol d'un drone de (très très) mauvaise augure. Dēofol est un artiste qui se joue des genres musicaux, classificateurs et réducteurs avec la dextérité et la souplesse qui caractérise les aventureux (solitaires) , ce qui n'est, évidemment, pas le cas, ni la tendance, en ce bas monde - Qu'importe. Distants de ce fatras d'archivistes, en carence sensible, nous sommes rapidement au coeur d'un terrible dialogue harmonique, duel manifeste et puissant d'entités sonores qui s'affrontent et se répondent sans discorde. Ascendance et fluctuation féroces, en émulsion constante s'étirantes dans un soundscape aux perspectives, elles-aussi, en élongation cyclique. TÅG, qui signifie "former" en Suède, pourrait également, et aisément, se traduire par une antinomique déliquescence en état actuel d'absolue plénitude.

thierry massard / 8 avril 2021 - 20:06

TÅG

According to all logic, and certainly outside of it, you should like these "auditory manifestations of a blackened mind, dystopian guitar and electronic sounds", a rather pertinent description by the very talented Peter de Muer. Dēofol is a musician who is certainly fulfilled, but who probably didn't expect so much, in a general context and its current expression, particularly "favourable" for the release of TÅG
Discography and perfect conjugation of the afflictions and obscure vicissitudes, TÅG testifies, in its turn and through its unique piece, of a protean writing, not sacrificing to any of the strong and immersive temptations of an obscure but sprawling ambient, nor to the heavy and constant overflight of a (very very) bad omen drone. Dēofol is an artist who plays with musical genres, classifiers and reducers with the dexterity and flexibility that characterises the adventurous (solitary), which is obviously not the case, nor the trend, in this world - Whatever. Distanced from this jumble of archivists, in sensitive deficiency, we are quickly at the heart of a terrible harmonic dialogue, an obvious and powerful duel of sound entities that confront and answer each other without discord. Fierce ascendancy and fluctuation, in constant emulsion, stretching out in a soundscape with perspectives that are also in cyclical elongation. TÅG, which means "to form" in Sweden, could also easily be translated as our antinomic decay in a present state of absolute plenitude.

( a DeepL rough translation )

Godspeed You! Black Emperor :: G_d’s Pee AT STATE’S END !

"... attendre la fin" Il est bien gentil, notre collectif montréalais préféré, mais je nous vois mal attendre l'apocalypse, thème cher aux pensées et inspirations d'un Efrim Menuck, digne aveu de ceux qui "... attendent le commencement", sans devoir décroiser les bras et, insistant, GY!BE d'ajouter : "... vider les prisons, prendre le pouvoir à la police et le rendre aux quartiers qu’elle terrorise. En finir avec ces guerres éternelles et toutes les formes d’impérialisme. Taxer les riches jusqu’à ce qu’ils soient appauvris” vaste programme et intention philosophique inventive à l'adresse de celles et ceux qui observent notre monde quotidien au travers du prisme d'un rectangle, de cellulose, bleu ciel, entravant nos bouches, nos corps et nos émotions - mode dégradé. 
G_d’s Pee AT STATE’S END ! méthodiquement constitué autour de pièces autonomes, ressemble, à si méprendre, à un scénario de dramaturgie contemporaine en 8 actes, une histoire dont nous sommes évidemment les acteurs silencieux et les spectateurs aliénés. Une mise en scène, en sons et accessoirement en perspective d'une tragédie humaine, écrite autour des agissements de laborantins serviles, renonçants, aux frontières du désastre, à l'ultime conscience, inféodés au délire, psychose paranoïaque en n'en pas douter. Ce septième album de Godspeed You! Black Emperor est la très belle bande originale d'un film qui ne devrait jamais être tourné.  Il est, malheureusement, en cours de réalisation.

thierry massard / 3 avril 2021 - 14h30


"... waiting for the end" Our favourite Montreal collective is very nice, but I can't see us waiting for the apocalypse, a theme dear to the thoughts and inspirations of Efrim Menuck, a worthy admission of those who "... wait for the beginning", without having to uncross their arms and, insisting, GY!BE adds: "... empty the prisons, take the power from the police and give it back to the neighbourhoods they terrorise. Put an end to these eternal wars and all forms of imperialism. Tax the rich until they are impoverished" a vast programme and inventive philosophical intention addressed to those who observe our daily world through the prism of a rectangle, of cellulose, sky blue, obstructing our mouths, our bodies and our emotions - degraded mode. 
G_d's Pee AT STATE'S END! methodically constituted around autonomous pieces, resembles, to a certain extent, a scenario of contemporary drama in 8 acts, a story in which we are obviously the silent actors and the alienated spectators. A staging, in sounds and incidentally in perspective of a human tragedy, written around the actions of servile laboratory workers, renouncing, on the borders of disaster, to the ultimate consciousness, subservient to delirium, paranoid psychosis in no doubt. This Godspeed You! Black Emperor's seventh album is the beautiful soundtrack to a film that should never be made.  Unfortunately, it is currently being.

( a DeepL rough translation )